Assurance vie en euros, livrets bancaires et réglementés sont le panier de l'épargnant français.
Les Français sont les champions de l'épargne et à ce titre, ont une profonde aversion pour le risque. Les produits d'épargne qui présentent une totale sécurité sont privilégiés au détriment d'autres produits plus volatiles. Même si ces derniers peuvent rapporter plus à long terme. Le contexte économique et financier qui prévaut depuis 3 ans a renforcé de lien particulier des Français avec leur bas de laine : on préfère assurer son capital, quitte à obtenir un rendement médiocre plutôt que parier sur les actions ou les obligations qui semblent être aujourd'hui des épouvantails. Aucun risque a priori sur ces produits, juste la garantie de récupérer au minimum sa mise. Pourtant l'assurance vie a vécu une année 2011 particulièrement difficile : le doute s'est insinué dans l'esprit des épargnants qui ne voient plus le produit financier intouchable. La décollecte du dernier trimestre 2011 est la preuve qu'une certaine époque est révolue. Le comportement des banques n'est pas étranger au phénomène.
3 mois successifs de décollecte entre septembre et novembre 2011, soit un cumul négatif de 6,4 milliards d'euros. Les épargnants ont plus retiré que versé sur leurs contrats d'assurance vie. On peut y voir une défiance évidente vis-à-vis d'un produit financier réputé sans risque (on parle des contrats en euros) que la crise de la dette a fortement ébranlé. Même si l'exposition des banques et des compagnies d'assurances aux dettes souveraines des pays de la zone euro s'est révélée relativement contenue, les médias se sont chargés d'exciter la fibre anxiogène du problème : un pays pouvant faire défaut, les établissements financiers peuvent se retrouver entraînés dans le sillage. Hypothèse peu probable, mais le doute est désormais permis. Et ce n'est pas l'annonce des garde-fous proclamés haut et fort qui semble changer la donne (garantie à hauteur de 70 000€ pour un même assureur).
Autre facteur pénalisant pour l'assurance vie : la chute des rendements.
Ils ont perdu en moyenne annuelle 0,40% depuis 3 ans. Le taux de rentabilité attendu pour 2012 se situe entre 2,80% et 3,00%, en retrait de 0,40% par rapport à 2011. Certains assureurs servent des rendements inférieurs de 0,70% (GMF), quand d'autres ont choisi de puiser dans leurs réserves pour maintenir ou simplement soutenir leurs taux (Macif, Carac, MASCF).
Où sont passées les économies des Français ? Certains ont mobilisé l'épargne de leurs contrats d'assurance vie pour mener à terme un projet immobilier. On le voit avec l'augmentation du taux d'apport personnel. D'autres ont privilégié les livrets, plus souples à rendements visibles. Le livret A n'a cessé de gonfler son volume en 2011, seul le mois de novembre enregistre des retraits supérieurs aux dépôts pour des raisons liées au besoin de liquidités en fin d'année. La majorité des Français plébiscitent le livret A devant les autres placements financiers. Avec un rendement net de 2,25% depuis le mois d'août, le livret A rivalise sans vergogne avec l'assurance vie dont les taux de rentabilité autour de 3% sont nets mais avant prélèvements sociaux. Les livrets non réglementés ont également eu le vent en poupe en 2011. Les banques n'ont eu de cesse de mettre en avant leurs livrets maison, assortis de taux boostés (seulement sur quelques mois). La progression est remarquable avec +21% sur l'année pour un total de l'encours de 605 milliards d'euros. Cette stratégie commerciale des banques s'inscrit dans une logique de crise : elles doivent augmenter le ratio de leurs fonds propres et se conformer aux nouvelles règles de solvabilité ; or l'assurance vie n'entre pas dans le bilan des banques à l'inverse des livrets.


